La Mission Educative Mariste – 1998

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C’est avec beaucoup de joie que je remets entre les mains des frères et des éducateurs et éducatrices maristes, ce document : “ La Mission Educative Mariste, un projet pour aujourd’hui ”.

Il s’agit d’un texte officiel du Conseil général ayant pour but d’orienter la mission éducative de l’Institut en réponse à une demande de notre XIX° Chapitre général de 1993. Il dépendra du prochain Chapitre général de l’inclure dans son ordre du jour pour voir si des améliorations ou des adaptations sont nécessaires et de décider s’il doit être considéré comme document officiel de l’Institut.

Remerciements :

Le premier sentiment qui jaillit en moi en écrivant ces lignes, c’est la reconnaissance envers tous les éducateurs maristes qui, par leur amour pour les enfants et les jeunes, et par leur dévouement à la mission d’éducateur, ont, non seulement continué à donner vie à l’esprit hérité de Marcellin Champagnat, mais aussi l’ont enrichi tout au long des 181 ans de l’histoire mariste.

Je pense, de façon très particulière, aux frères qui ont dû faire face aux changements socioculturels et éducatifs et qui ont fait preuve de créativité pour donner des réponses concrètes aux nouvelles situations. Ma reconnaissance, de manière spéciale, va vers ceux qui tout au long de notre histoire, ont gardé bien vivant le projet de Champagnat : procurer l’éducation à ceux qui en sont privés ou qui sont marginalisés par la société.

Je tiens à remercier les frères animés d’un profond esprit apostolique, qui lorsque leur âge et leur santé les ont obligés à réduire le rythme de travail, ont su trouver de nouvelles présences et activités de pastorale éducative, à l’intérieur ou hors du système scolaire.

Je ne puis oublier les laïcs, hommes et femmes qui, dans les dernières décennies, se sont engagés dans le domaine de l’éducation à partir d’un projet mariste. Je vous remercie pour votre dévouement et pour votre amour de l’œuvre éducative de Marcellin Champagnat.

La confiance réciproque entre frères et laïcs maristes a permis de révéler les dons de chacun et de travailler ensemble à partir de la complémentarité des vocations. Les expériences de “ mission partagée ” que nous vivons aujourd’hui, frères et laïcs, inspirent et orientent la rédaction de ce document.

La Commission internationale :

Le Conseil général a confié l’élaboration de ce texte à une Commission formée de frères et de laïcs. Je puis vous assurer qu’ils y ont consacré beaucoup de temps, réalisant des consultations au niveau de l’Institut, expérimentant des moments de recherche et de frustration du fait de la complexité du thème et de la grande variété de situations que connaît l’Institut dans le domaine de la mission éducative.

Je remercie et félicite les membres de cette commission pour le service qu’ils nous ont rendu et pour la conviction qu’ils ont apportée à la réalisation de la mission qui leur a été confiée.

En voici la composition:

Frères : Jeffrey Crowe (Conseiller général), Henri Vignau (Conseiller général), Carlos Martínez Lavin (Mexico), Dominik Pujia (USA), José Manuel Alves (Brésil), Honoré Rakatonorivo (Madagascar), Manuel de León (Philippines), Mark Farrelly ( Australie), Maurice Bergeret ( France), Miquel Cubeles (Espagne) ; Mr Alberto Libera (Bolivie) et Mme Emma Casis (Philippines).

Le Chemin parcouru :

A partir des années qui ont suivi le Concile, l’Institut a affronté des situations nouvelles qui l’ont affecté à plusieurs niveaux.

Dans une première étape, nous les frères, en attitude d’écoute du monde et de l’Eglise, avons dû relire les origines de l’Institut et l’intuition de Marcellin Champagnat afin d’évaluer notre trajectoire historique et de reformuler notre identité et notre mission d’évangélisation actualisée en cohérence avec l’inspiration initiale. Cette démarche se trouve exprimée de façon remarquable dans les Constitutions de l’Institut, document fondamental pour les frères et qui fut approuvé par le Vatican en 1986.

Je citerai quatre passages qui peuvent vous aider à mieux situer la mission de l’Institut ainsi que le présent document.

  • “ Dans cet esprit, Marcellin a fondé notre Institut pour l’éducation chrétienne des jeunes, particulièrement des plus délaissés ” (Art.2)
  • “ Suscité par l’Esprit-Saint, notre Institut est envoyé par l’Eglise. A la suite du Père Champagnat, il évangélise surtout en éduquant les jeunes, particulièrement les plus délaissés ” (Art. 80)
  • “ Engagés dans des institutions scolaires ou dans d’autres structures d’éducation, nous nous dépensons pour le Royaume, au service de la personne humaine ” (Art. 85)
  • “ Nous partageons notre spiritualité et notre pédagogie avec les parents, les professeurs laïques et les autres membres de la communauté éducative ” (Art. 88)

Par la suite, les Chapitres généraux ont dynamisé cette rénovation de l’Institut, prenant en compte les évolutions importantes survenues dans nos sociétés et les divers contextes dans lesquels se vit notre mission éducative. En voici quelques exemples :

  • Le changement de mentalité et de structures que suppose le passage de “ l’école des Frères ” à “ l’école mariste ” (frères et laïcs) et par la suite à une école fondée sur “ la mission partagée ” où indistinctement frères et laïcs sont appelés à prendre des responsabilités d’animation et de direction.
  • Les incidences, dans le domaine de l’éducation, des changements culturels de notre monde qui affectent l’être humain dans toutes ses dimensions, l’accentuation d’une culture propre aux jeunes, ainsi que les changements sociopolitiques des pays où nous sommes implantés.
  • Dans le passé, les enfants et les jeunes étaient d’une certaine façon, des sujets passifs de l’éducation. Ils venaient recevoir dans les écoles des orientations, des valeurs, une formation religieuse et des connaissances qui les préparaient pour la vie ; cela a influencé certains aspects de l’organisation scolaire ainsi que le comportement des éducateurs. Aujourd’hui, de nouveaux concepts éducatifs ainsi que les relations interpersonnelles exigent des éducateurs et des éducatrices, un talent particulier pour entrer dans le monde des jeunes et cheminer à leur côté comme des amis, les motiver, les accompagner dans leur recherche.
  • J’ajoute un quatrième aspect, celui de la pluralité éducative dans notre Institut. Le fait d’être présent dans 75 pays implique une diversité de systèmes éducatifs, de mentalités spécifiques, d’expériences œcuméniques avec d’autres religions ou parfois d’exclusion ou d’intolérance sur le plan religieux, de liberté sur le plan des programmes académiques ou du financement de l’éducation. Il arrive également que les Frères animent ou dirigent des écoles diocésaines qui ont leur propre projet.

Tous ces aspects ont une incidence sur la mission éducative mariste et nous avons parfois manqué de créativité pour lancer des initiatives qui nous permettent d’être avec les jeunes, dans les nouveaux “ espaces culturels ” où ils vivent. Peut-être avons-nous été timides face à la discrimination économique avec laquelle certains gouvernements traitent les écoles chrétiennes.

D’autre part, dans ces pays, peut-être n’avons-nous pas fait suffisamment preuve d’initiative pour développer, en lien avec la société, d’autres possibilités qui favorisent la création de nouvelles présences de pastorale éducative pour les jeunes sans ressources ou socialement marginalisés.

Un moment historique :

La diversité des pays, des cultures et des systèmes éducatifs dans lesquels nous nous trouvons a suscité une plus grande décentralisation au niveau de l’Institut, mais au-delà de ce pluralisme, il est possible d’identifier des éléments de base qui caractérisent notre style d’éducation. La Commission qui a élaboré ce document a réussi à les mettre en relief, offrant les éléments pour aider les frères et les laïcs à discerner notre mission en fidélité au charisme hérité de Marcellin Champagnat et à évaluer à partir de cette optique la fécondité humaine et évangélique de nos œuvres, à les transformer si nécessaire ou à les transférer.

Ce document nous invite à regarder l’avenir avec audace et espérance et nous suggère des orientations dans ce cheminement.

Il réaffirme le rôle important de l’école, mais nous invite à lancer de nouveaux projets d’éducation à l’intérieur ou hors du système scolaire, tenant toujours compte de notre préférence pour les plus défavorisés, les défis auxquels sont confrontés les jeunes ainsi que la proximité que nous devons avoir avec eux parce qu’aujourd’hui les éducateurs doivent “ écouter, interroger, prier, regarder le monde à travers les yeux des jeunes ”.

Je souligne l’invitation à nous ouvrir à la solidarité universelle en cherchant des formules de collaboration avec les instance ecclésiales, humanitaires, gouvernementales ou organismes qui plus directement, s’engagent dans la défense de la dignité et des droits de l’enfant.

Cheminer ensemble : frères et laïcs

Dans mes visites aux provinces, j’ai l’occasion de rencontrer des laïcs travaillant dans nos collèges. J’ai été très agréablement surpris par la façon dont un groupe s’exprimait : “ Dans notre province, nous sommes en train de …, nous avons créé un projet…Au cours des visites de notre Frère provincial… ”.

Quand les personnes parlent ainsi, il n’est pas nécessaire de leur demander si elles se sentent membres de la famille mariste et si Marcellin Champagnat est une personne importante dans leur engagement d’éducateurs chrétiens. Cette façon de s’exprimer me permet de les considérer comme frères et sœurs maristes laïques avec lesquels je peux partager ouvertement les joies, les limites et les espérances que nous vivons dans l’Institut.

J’espère que ce document nous aidera à cheminer ensemble, frères et laïcs. Très certainement, nous aurons besoin d’un peu de patience. Nous devons dépasser les erreurs inévitables parce que nous devons tous apprendre à vivre la “ mission partagée ” et surtout, nous pouvons nous aider à grandir dans cet idéal éducatif hérité de Marcellin. Sa canonisation nous offre l’occasion de lire et d’approfondir ensemble ce document.

Recevez l’expression de ma reconnaissance et mon cordial salut au nom des frères du Conseil général.

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Frère Benito ARBUES, Supérieur Général
15 août 1998