25/Déc/2007 MAISON GéNéRALE

Joyeux Noël

Il ne nous reste que quelques jours pour commencer la huitième année de ce troisième millénaire. Il y a une décennie à peine, nous célébrions avec enthousiasme, le c?ur radieux et rempli d?espérances de toutes sortes, l?aube de ce nouveau millénaire de l?histoire humaine. En jetant un regard en arrière et en considérant ces dernières années, peut-être cette question nous traverse-t-elle l?esprit : l?humanité va-t-elle mieux aujourd?hui qu?en janvier de l?an 2000 ?
Il est malheureux de constater que nous n?avons pas de données suffisantes sous les yeux pour pourvoir répondre avec un ?oui? retentissant. Les guerres dévastent bien des zones de la planète, les génocides se succèdent au grand jour sans solution en vue. Si nous observons les pays, ceux qui ont le plus de moyens amassent une grande partie des richesses, tandis que les pays pauvres doivent apprendre à vivre avec des moyens bien plus réduits. Mais le plus scandaleux c?est cette animadversion, toujours plus accrue qui s?établit entre des peuples qui professent une foi différente, le trafic humain incroyablement violent, l?exploitation des enfants et des jeunes?
Comment pouvons-nous trouver un sens à la fête de Noël dans un monde qui semble atteint de tant de maux? Quand nous célébrons l?incarnation de Jésus, le Fils de Dieu, est-ce que les choses changent réellement ou s?agit-il simplement d?un divertissement agréable au milieu des travaux quotidiens, s?agit-il d?une parenthèse pour signer un cessez-le-feu de quelques heures, pour l?envoi de souhaits superficiels ou pour un profit commercial comme d?habitude ?
Deux tableaux. Le premier : le Fils de l?Homme entre dans l?histoire; il mérite une réponse qui va au-delà d?un sentimentalisme superficiel. Après le crucifiement, la naissance de Jésus, telle qu?elle est racontée dans l?Évangile de Luc, est la scène la plus connue et la plus répandue dans le christianisme; le détail en a été évoqué maintes et maintes fois. Myriam de Nazareth enfante son premier-né dans l?étable de Bethléem et le couche dans une mangeoire, tandis que les anges entonnent le gloria et annoncent que cet enfant est le Sauveur attendu depuis des millénaires, le Christ, le Seigneur. Les bergers accourent pour le voir et s?en retournent émerveillés et glorifiant Dieu.
Toutefois, en faisant le récit de la naissance de Jésus, Luc ne fait aucune allusion au sang; il réduit l?expérience de la naissance de l?enfant à ces quelques mots: ?elle mit au monde?. À vrai dire, tout enfantement est marqué par la passion et par la souffrance, en même temps que par la joie. Marie avait porté son fils dans son sein pendant les neuf mois de sa gestation. Quand arriva l?heure de le mettre au monde, elle ne pouvait pas ne pas penser à la possibilité de la mort de l?enfant dont elle accouchait, réalité assez commune dans l?ancien Israël. Cet enfantement de Jésus se produisit dans le sang, le sang de l?accouchement de cette humble jeune fille paysanne se trouvant loin de chez elle et qui affrontait son premier enfantement.
Deuxième tableau: le récit de la naissance de Jésus nous rappelle que c?est Dieu qui prend l?initiative dans toute relation. C?est lui qui nous surprend par sa présence. Ce fut le cas lors de la naissance de Jésus. Dès le commencement des temps, Dieu avait essayé d?attirer notre attention. Le fait d?envoyer son Fils dans le monde fut l?exemple le plus accompli de cela. Et nous, comment le recevons-nous ? Exactement comme nous recevons Dieu dans nos vies aujourd?hui : avec indifférence, peu disposés à changer, avec des réticences ou de la paresse pour connaître sa volonté et ses desseins. Oui, depuis la création du monde, Dieu s?est approché de nous sans cesse. Mais nous, distraits ou absents, nous avons été souvent trop occupés pour nous en rendre compte.
Il y a une belle anecdote sur saint Augustin, s?efforçant de comprendre le mystère de la sainte Trinité. Un jour, épuisé par de longues heures d?étude, il décide d?aller se promener sur la plage pour mettre un peu d?ordre dans ses cogitations. Tandis qu?il se promène, il aperçoit un enfant qui patiemment, avec une coquille transporte de l?eau de la mer pour la verser dans un trou qu?il a creusé dans le sable. L?enfant va et vient, puisant l?eau de la mer et la versant dans le trou de sable.
Le saint observe attentivement cet enfant, allant et venant sans cesse. Finalement, il lui demande ce qu?il est en train de faire. ?Je voudrais mettre toute l?eau de la mer dans ce trou? lui répond l?enfant. ? Mais tu n?y arriveras jamais, lui dit Augustin, jamais tu ne pourras mettre toute l?eau de la mer dans ce trou?. ? Toi, non plus, tu n?arriveras jamais à faire rentrer le mystère de la Trinité dans ton esprit?, répondit l?enfant. Augustin pensa qu?un ange lui avait parlé.
On pourra toujours discuter si cet enfant était un ange ou non. Mais cette pieuse légende porte un message pour nous aujourd?hui. Marcellin Champagnat répétait fréquemment que ?se faire Frère c?est s?engager à se faire saint?. De nos jours, cette invitation s?adresse aux laïcs maristes aussi. Mais, si nous voulons atteindre la sainteté, nous devrons commencer par nous mettre à l?écoute de Dieu et des diverses manières qu?il a de se rendre présent à nous. Comme le garçonnet le disait au grand saint, les voies de Dieu ne sont pas nos voies. La lutte d?Augustin avec le mystère de la Trinité nous rappelle justement cela, de même que la célébration de la fête de Noël, dans un monde aussi bouleversé que le nôtre.
Par conséquent, si à l?occasion de Noël, nous demandons un cadeau, demandons dans la prière la grâce d?un changement de c?ur. Oui, demandons une ouverture de c?ur suffisante pour demander, comme Marie, de pouvoir prendre Dieu au mot, sans exiger que nos prières soient exaucées tout de suite. Demandons que notre c?ur porte ses fruits, comme le faisait le c?ur de Marie, et qu?il soit rempli d?un amour ardent et passionné pour Jésus et pour sa Bonne Nouvelle. Ainsi, les prochains Noëls de ce millénaire pourront être célébrés dans un monde plus conforme à ce que Dieu avait à l?esprit dès le commencement. Joyeux Noël.

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