Lettres Ă  Marcellin

Père Michaud

1837-10-23

Thoissey, le 23 octobre 1837.
Monsieur le Supérieur,
Létablissement de St. Didier, selon lintention de la donatrice, doit être commun à Thoissey. Le public en est convaincu. En acceptant denseigner à St. Didier vous avez contracté lobligation de le faire pour les deux paroisses. A ce titre, nous devons être préférés et servis avant tout autre et quelque soit le nombre des demandes qui vous soient faites; nous devons passer les premiers.
Indépendamment de ces raisons, les Frères qui sont à St. Didier ne sauraient suffire sils ne sont que quatre. Lécole en souffrirait et il est nécessaire quelle obtienne la confiance dès le commencement. Si lon envoie les enfants de Thoissey à St. Didier, les uns ou les autres apporteront le désordre et il pourrait fort bien arriver quil sétablit entre les enfants des deux paroisses des rivalités, des haines, des partis hostiles. Lenseignement religieux des enfants du catéchisme ne peut se concilier avec une école de deux paroisses différentes. Il ne pourrait se faire quà la même heure et les enfants de Thoissey ne pourraient pas être rendus à lécole en même temps que ceux de St. Didier.
Vous même, Monsieur, mavez annoncé, dans le courant de lan née, que vous donneriez des Frères pour Thoissey à la rentrée des classes de 1837. Cest ce qui ma obligé de me mettre en mesure. Jai loué, en conséquence, deux appartements. Jen ai prévenu Mgr., par écrit, et il ne ma rien répondu. A la retraite je lui ai renouvelé ma demande et il ma répondu quil ne pouvait pas faire ce sacrifice. Pour pousser à la roue, jai écrit à Mlle. de la Poype, auteur de cet établissement, et lui ai montré que Mgr. ne jugeait pas à propos de donner des Frères à Thoissey et quil voulait en faire une maison de noviciat. Elle a écrit à Mgr. qui a été indisposé contre moi à cause de cette démarche.
A Châtillon jai renouvelé ma demande. Je suis revenu à la charge à St. Didier. Sa Grandeur ma répondu quil avait reçu des fonds pour quatre Frères et quil avait, par conséquent, les intentions de la donatrice, quil était décidé à faire une maison de noviciat sil lui restait des fonds. Après plusieurs répliques de part et dautre, jai voulu emporter la place dassaut et jai dit à Mgr.: Payez en un et je payerai lautre. Il na pas osé reculer et a promis de lexécuter. Jai, en conséquence, commandé tables, bancs, chaises pour la classe et je suis disposé à tenir ma parole pour le payement dun Frère. Mais je déclare que ce nest quà condition quon enverra des Frères au plutôt. Sans cela je ne tiendrai rien. Et si je nen ai pas, comme mon honneur y est intéressé, je déclarerai publiquement que jai été joué. Le loyer et le mobilier de la classe déposeront en ma faveur. Il pourrait fort bien arriver que si on ne me contentait pas que je prisse le parti de la retraite. Thoissey nest pas le Pérou. Si je navais rien en patrimoine, je ne pourrai pas y vivre la moitié de lannée; nous navons pas de messes. Le casuel nest rien et il faut tout acheter. Ce qui me consolait et mencourageait cest la perspective délever bien chrétiennement les enfants et de renouveler la paroisse. On ne se fait pas une idée de la dépravation des enfants de Thoissey. Il ny a ni fabriques, ni métiers. Les enfants battent constamment le pavé et ne pensent quà faire le mal. Il y en a déjà, à lâge de dix ans, qui courent après les demoiselles quand elles vont en promenade avec leurs maîtresses de pension; qui leurs jettent des billets de galanterie et qui même en posent à léglise sur leur prie-Dieu, qui louent une chambre en face et vis-à-vis de la pension pour regarder à leur aise les demoiselles. Joignez à cela lirrévérence dans le lieu saint poussé jusquà lexcès. Jugez, Monsieur, si je dois désirer que vous menvoyez des Frères et si je ne dois pas avoir la préférence.
Je ne vous conseille pas de consentir à une nouvelle maison de noviciat à St. Didier. Croyez-moi, jappartiens à la Congrégation de St. Lazare et je sais ce qui convient à une communauté. Si vous avez deux noviciats en face, votre établissement ne tiendra pas. Je ne vous en dis pas davantage. Mgr. est fin, il vous arriverait, sic vos non vobis.
Le maire est hostile à tout établissement tenu par des hommes en habit religieux. Il tient à lécole mutuelle. Il faut quun des Frères pour Thoissey ait un brevet de capacité, ou que le Frère de St. Didier qui est breveté sannonce pour tenir lécole à Thoissey. Il pourra y envoyer ceux quil voudra comme aide de lécole.
Agréez les sentiments distingués de considération et de respect avec lesquels jai lhonneur dêtre, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,
MICHAUD, Curé.

fonte: AFM 129.39

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