Lettres de Marcellin 124

Marcellin Champagnat

1837-07

Le 26 avril précédent, Mr. Moine François Fleury, curé de Perreux, écrivait au Père Champagnat pour lui demander des Frères. Il insiste, en exposant mille bonnes raisons, pour que lécole puisse souvrir dès la Toussaient prochaine. Tant de hâte et dimprécisions quant aux problèmes matériels nétaient pas du goût de notre Fondateur. La présente lettre laisse entendre quil a rencontré les autorités civiles ou plutôt religieuses, (car le maire au moins semble navoir pas été favorable), de Perreux. Nous savons en tous cas par une seconde lettre de Mr le Curé du 27 août que Mr Pinchon, son vicaire a passé par N. D. de lHermitage début juillet, mais ne semble pas avoir apporté des renseignements plus précis. Ce sont toutes ces tractations qui justifient le retard de cette réponse à la lettre de Mr Cattet datée du 7 mai 1837, que voici: « Mon cher M. Champagnat, vous avez dû recevoir une lettre du bon et vénérable Curé de Perreux par laquelle on vous demande des frères pour cette ville. Je crois devoir vous dire quil sagit dune fondation que veut Melle De Bretaille. Ce sera donc un de vos meilleurs établissements, où vos frères réussiront et où vous trouverez plus que partout ailleurs de jeunes aspirans pour votre Congrégation. Melle de Bretail qui fait des sacrifices pour cette excellente ?uvre est dune santé bien ébranlée et Ion craint même de la perdre bientôt; dautres personnes qui entrent aussi pour quelque chose dans la fondation peuvent changer de disposition. En conséquence en acceptant de grand c?ur cet Etablissement, promettez, je vous en prie, des sujets pour la Toussaint prochaine. Je ne mintéresse à cette affaire quà cause des besoins de Perreux qui depuis douze ans ma donné beaucoup de sollicitude pour venir à bout dune bonne école de garçons. Entre nous, mon cher Abbé, le Curé de Perreux qui est le plus brave homme du monde, ne sçait pas faire. Il faudra donc que vous alliez vous-même sur les lieux pour choisir la maison et tout arranger, afin dactiver et de régulariser une ?uvre désirée depuis si long-temps.
Je suis très cordialement, mon cher M. Champagnat, votre dévoué, Cattet, V.G.
P.S. Je vous invite à répondre dabord favorablement à M. le Curé de Perreux ».
Suite à cette lettre et à celle de M. le Curé, M. Champagnat mit certainement tout en ?uvre pour pouvoir acquiescer à la demande, mais il saperçut que les conditions sont tellement précaires, quil croit de Iintérêt même de l?uvre que Ion se donne plus de temps de tout préparer avant de se lancer. Il écrira dans le même sens à Mr le Curé le 9 août suivant, ce qui nous fait penser que les deux lettres ne doivent pas être séparées de beaucoup dans le temps. Comme le registre marque juillet, il faut la situer tout à la fin de ce mois.

Monsieur le Vicaire Général,

Létablissement de Perreux que vous nous recommandez si fort et qui, effectivement, mérite sous mille rapports notre attention, na encore que des projets en lair. On parle de deux maisons qui, fussent-elles jointes ensemble, ne pourroient contenir la moitié des enfants; je ne parle pas de loger les frères. Jai suivi avec les messieurs de Perreux toutes les maisons quon pensoit pouvoir être employées provisoirement; aucune, sans de grandes réparations, ne peut convenir.

Venons au pécuniaire. On ma parlé beaucoup de ressources, de moyens, mais on ne ma rien montré deffectué.

Nous sommes résolus et avons même réglé de ne jamais faire détablissement sur ce pied, dans lintérêt de notre maison et même dans celui des communes qui nous demandent. Se trop presser, cest faire échouer entièrement un établissement. Veuillez, Mr. le Vicaire Général, ne pas trouver mauvais que nous différions cet établissement de quelques mois, vu surtout quil ny a rien de prêt, tandis que nous avons un bon nombre de demandes bien plus anciennes et où tout est pret.

Daignez recevoir le témoignage de ma juste reconnoissance pour lintérêt que vous nous portez, et croyez moi toujours votre très repectueux et très dévoué et très obéissant serviteur,

CHAMPAGNAT.

Édition: Lettres de Marcellin J. B. Champagnat (1789-1840) Fondateur de l?Institut des Frères Maristes, présentés par Frère Paul Sester. Rome, Casa Generalizia dei Fratelli Maristi, 1985.

fonte: Daprès la minute, AFM, RCLA 1, p. 48-49, nº 45

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