Lettres de Marcellin 147

Marcellin Champagnat

1837-10

Comme nous ne possédons pas la lettre citée de Mr le Curé, nous sommes réduits à faire des conjectures au sujet du sens exact de celle-ci. Nous savons que Fr. Apollinaire, étant malade (cf. Lettres 130, 132, 147) est allé se reposer dans sa famille à La Frette, mais il est difficile de deviner ce que le correspondant demande à son sujet. Cest un fait aussi que selon nos registres, six jeunes paroissiens de La Frette sont à cette date membres de la Congrégation, sans compter dautres, comme ce Ferrendière, qui nont fait quun essai sans poursuivre et desquels nous ne savons rien. Ce dernier, selon toute vraisemblance, a dû quitter dune manière inattendue, mais nous en ignorons tout, vu que ce nom napparaît nulle part dans nos registres. Malgré ces relations les Frères nouvriront une école à La Frette quen 1878.

Monsieur le Curé,

Je vous fais un peu attendre le réponse à la lettre que vous mavez fait lhonneur de madresser en date du 7 8bre, mais désirant acquiescer à votre demande au sujet du cher frère Apollinaire, jai été obligé de faire dabord le placement de nos frères afin de concilier tous le besoins. Je suis charmé de pouvoir vous obliger à loccasion de ce bon frère auquel vous vous intéressez particulièrement. Comme nous tenons beaucoup à sa santé, nous sommes très reconnaissants des attentions que vous avez pour lui et des soins que vous lui prodiguez.

Cauroit été pour moi une vrai jouissance de vous avoir quelques instants dans notre maison et de vous exprimer de vive voix combien je suis sensible à lintérêt que vous portez à notre société. Assiégé comme je le suis de demandes continuelles pour de nouveaux établissements et sentant toute le nécessité de léducation religieuse, je ne puis assez applaudir au zèle des bons pasteurs qui veulent bien maider à la propager. Nous navons quà nous louer des sujets qui nous viennent de votre bonne paroisse: ils ont de la piété et généralement ils se sont tous rendus capables de nous être très utiles.

Aussi, Monsieur le Curé, comptez que nous serons tout à vous lorsque nous pourrons en quelque manière séconder votre zèle pour le salut de vos chers paroissiens, et surtout de votre intéressente jeunesse. Quoique mes vues ne soient tournées en aucun diocèse en particulier, cependant, comme le Souverain Pontife, dans son Bref dapprobation nous a spécialement affecté au diocèse de Grenoble, de Lyon et de Belley, sil y a des préférances à accorder, elles seront toujours pour ces diocèses, et surtout pour les paroisses qui, comme la votre, nous aurons fourni de meilleurs sujets.

Je partage vivement votre désolation au sujet du pauvre Ferrendière. Sa sortie nous a fort étonnée, je suis encore à en chercher la raison. Je ne connois pas assez les dispositions de ses parents pour en venir aux moyens de rigueur avec lui, dailleurs ce serait une chose entièrement inusitée chez nous et qui, je crois, ne réussirait guère. Je compte plus sur la contrainte morale des bons conseils et de salutaires réprimendes quil trouvera dans votre charité. Sil vient a samender à votre considération et avec lagrément de ses parents, jaurai pour lui toute lindulgence possible.

Je dois, sous peu, faire un voyage dans le Dauphiné, si je puis me ménager une entrevue avec vous, nous causerons de tout cela. En attendant ce plaisir, veuillez croire au respectueux dévouement avec lequel je suis, Monsieur le Curé, votre très humble et très obéissant s(erviteur),

CHAMPAGNAT

Édition: Lettres de Marcellin J. B. Champagnat (1789-1840) Fondateur de l?Institut des Frères Maristes, présentés par Frère Paul Sester. Rome, Casa Generalizia dei Fratelli Maristi, 1985.

fonte: Daprès la minute, AFM, RCLA 1, pp. 13-14, nº 17

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