Lettres de Marcellin 171

Marcellin Champagnat

1838-02-03

La suite du 3Journal3 va nous permettre de situer cette lettre:
25 Visite à Mr de Gérando; reçu de sa part: 1° une lettre pour Mr Rendu, membre du Conseil royal de lInstruction publique, rue Servandoni, n° 26; 2° une lettre pour le Ch(ancelie)r Maillard, président du Comité de Iintérieur au Conseil dEtat, rue N.-D. des Victoires no 14.
Visite à Mr Rendu qui après nous avoir informé que notre affaire était déjà passé deux fois au Conseil royal de IInstruction publique et quà présent elle était entre les mains de Mr Pillet, chef du 1ier Bureau de lInstruction primaire, rue Belle-Chasse, n°, il nous a donné un billet pour le prier de nous dire où en était notre affaire.
26 Visite à Mr Pillet; il était absent, mais un de ses employés nous a dit que notre affaire serai prête demain pour recevoir la signature de Mr de Salvandi, Ministre de IInst. publique, et pour passer ensuite au conseil dEtat.
27 Visite à Mr Maillard, Président du Conseil dEtat, rue N.-D. des Victoires, n° 14.
Visite à Mr Fulchiron, Député, rue Gramonr, n° 17
Visite Ă  Mr de GĂ©rando, rue Vaugirard;
Visite à Mr Pillet, rue Belle-Chasse, n° 42.
28, dimanche - Visite à Mr Sauzet qui nous a dit que le Ministre de Salvandi venait de lui annoncer quil avait écrit à Mgr de Lyon et de Belley. (En fait il nécrira que le 9 février)
Visite au comte de Bastard, rue des Sts Pères, 13
29 Lettres à Mr le Supérieur, à Mr Terraillon et une à Mr Fulchiron, Député.
30 Voyage de Versailles.
31 Visite au Picpus.
1ier fév. Visite à Mr Fulchiron.
Visite Ă  Mr Ardaillon
Lettres Ă  Mgr de Lyon et Ă  celui de Belley.
2 Réception dune lettre du Frère François dans laquelle il nous marque que le Supérieur général de la Société vient de leur annoncer de la part de Rome et de Mgr Pompallier quil va préparer un autre envoi. Réception des prospectus.
3 . . .
On voit donc que le Père a dicté cette lettre le premier février, à Mr Chanut qui ne Ia rédigée au propre, et en tous cas envoyée que le 3. Que ce dernier lait écrite, cela ne fait guère de doute, car lajout de la dernière ligne et la signature sont de la même écriture que le texte de la lettre signée de M. Champagnat.
Quant à la lettre du Ministre aux deux évêques, elle ne sera rédigée que le 9, en ces termes:
« Monseigneur, vous mavez fait Ihonneur de mécrire le 13 janvier (Belley) 6 janvier (Lyon) en faveur de la Société des Frères de Marie, dont Mr Iabbé Champagnat est le fondateur.
Votre recommandation ne peut que me disposer à accueillir avec intérêt la demande formée par cet eccle(siasti)que dans le but dobtenir pour son Institut une existence légale. Toutefois, avant de présenter au Roi le projet dordonnance dautorisation, je désire savoir, dune part, si cet établissem(en)t des frères de Marie ne pourrait pas empêcher la congrégation de IInstitut de la Doctrine chrétienne par les facilités quil offre en attachant simplement deux maîtres ou même un seul maître à chaque école, tandis que cet Institut en exige trois, et de Iautre, si ces facilités ne seraient pas obtenues au détriment des garanties que donne à la morale la combinaison de personnel adoptée par les Frères de la Doctrine chrétienne. Votre haute position, Monseigneur, et votre expérience vous mettent à même davoir une opinion bien formée sur ces deux points. Je vous serais donc obligé de me faire connaître vos vues. Jattendrai, pour donner suite à cette affaire, que votre réponse me soit parvenue. »
Informé de ces objections par Mr Sauzet le Père sempresse de communiquer ses réfutations personnelles aux deux évêques qui répondent tous deux le 13 février. Mgr Devie se sert largement des arguments du Père, ce qui prouve que cette lettre lui fut également adressée.

Paris, 3 février 1838.

Séminaire des Missions étrangères, rue du Bac nº 120.

Monseigneur,

Au milieu des difficultés que jai à surmonter, je suis heureux que la Providence me procure le plaisir dexprimer à votre Grandeur ma reconnaissance et de lui réitérer lexpression de mon bien respectueux hommage.

Aussitôt après mon arrivée, je me suis empressé demployer tous les moyens propres à assurer la réussite de lapprobation légale des Petits Frères de Marie. Mes premières démarches ont eu un prompt résultat: les statuts que javais présentés deux fois au conseil royal de linstruction publique et le rapport qui en a été formé pour être présenté au Ministre, a été favorable. Les pièces sont actuellement entre les mains de Mr. de Salvandi [Salvandy].

Il parait que Mr. de Salvandi [Salvandy] craint que linstitution des Petits Frères de Marie ne nuise à celle des Frères de lEcole Chrétienne en offrant plus davantages, et objecte quelle nassure pas assez de garantie pour les moeurs en permettant dalleur [daller] deux à deux. Jai été informé par MMrs. Sauyet et Fulchiront que Mr. le Ministre vient décrire dans ce sens à votre Grandeur.

La protection toute paternelle dont vous honorez notre société, lappui que votre zèle offre à tous ceux qui veulent procurer le bien, ne me permettent pas de douter du rapport favorable que votre Grandeur fera au Ministre, mais comme il ne peut être que très avantageux de mettre de lunité dans nos démarches, jai pensé que vous trouveriez bon que je vous communicasse, dans quel sens jai cru devoir répondre sur les lieux à Mr. le Ministre.

lèrement. Mr. le Ministre objecte que linstitution des Petits Frères de Marie nuise à celle des Frères de lEcole Chretienne, parce quelle offre plus davantages. Je vous a vouerai, Monseigneur, que je ne mattendais pas à cette difficulté de la part du Ministre, attendu quà prendre la chose en elle même, il doit être fort indifférent au gouvernement que linstruction soit procurée par une corporation ou par une autre, dès lors que lune et lautre ne peuvent attirer la confiance et mériter la considération quautant quelles satisfont lattente du public.

Vous savez, Monseigneur, que lunique but que je me suis proposé en formant les Petits Frères de Marie a été de procurer aux communes rurales le bienfait de léducation que le défaut de ressources suffisantes met dans limpossibilité de le procurer par le moyen des excellents Frères de lEcole Chrétienne. Or, pour obtenir ce résultat, il ma été nécessaire, tout en conservant le même enseignement, dadopter un système déconomie qui obviait aux obstacles qui empêchent les communes rurales de se procurer la bonne éducation que donnent les Frères de lEcole Chrétienne.

Jai cru trouver trois obstacles: le 1er. est que les Frères de lEcole Chrétienne ne marchent quau nombre au moins de trois; le 2ème est quils exigent un traitement de six cents francs par frère, ce qui impose aux communes la somme annuelle de dix huit cents francs; le 3ème est quils veulent un enseignement absolument gratuit.

Jai donc cru devoir statuer en faveur de la classe si intéressante des campagnes:

1º que linstitution des Petits Frères de Marie pourra former des établissements de deux frères et que même, dans le besoin, on pourra établir une maison centrale doù ils se détacheront un à un pour les communes rapprochées.

2º que cette institution donnera des frères aux communes qui assurent seize cents francs pour quatre frères, douze cents francs pour trois, mille francs pour deux;

3º que les communes moins aisées pourront percevoir une rétribution mensuelle des parents aisés pour saider à couvrir une partie des frais de létablissement.

Au reste, il est manifeste que linstitution des Frères de lEcole Chrétienne dont tout le monde sait si bien apprécier lexcellence et les avantages, ne peut suffir à la trentième partie des demandes qui lui sont adressées. De notre côté nous avouerons ingénument que nous ne pouvons suffir à la vingtième partie de celles quon nous adresse. Il reste donc à conclure que le besoin dinstruction étant de nos jours si heureusement senti et si universellement réclamé, on ne peut pas craindre de desservir la cause commune en multipliant les moyens dinstruire.

Il est facile de voir que linstitution des Petits Frères de Marie, bien loin de pouvoir nuire à loeuvre des excellents Frères de lEcole Chrétienne, ne fait que la perfectionner en la rendant plus complète y promet à la société et à la religion les mêmes résultats damélioration pour les campagnes que les Frères de lEcole chrétienne obtiennet dans nos villes.

IIèmement. Mr. le Ministre objecta que les Frères de Marie, en allant deux à deux noffrent pas autant de garanties pour les moeurs que les Frères de lEcole Chrétienne qui ne vont pas à moins de trois. Javoue, Monseigneur, que cest ici un point de discipline sur le quel nous devons le plus fixer notre attention. Aussi dans le concours des établissements quon nous propose de former, choisissons-nous toujours ceux qui offrent, sous ce rapport, le plus de garantie.

Dailleurs nous avons soin de choisir, pour remplir ces établissements ceux dentre nos frères dont nous sommes sûrs de la moralité. Encore ces établissements sont-ils toujours assez rapprochés les uns des autres pour pouvoir exercer entre eux une surveillance mutuelle.

Mais, dans limpossibilité où se trouvent tant de communes rurales de fournir lentretien à plus de deux Frères, est-il à balancer entre, ou les laisser sans moyen déducation, ou leur le procurer par deux Frères lors même quils offriraient moins de garantie que trois? Est-il avantageux pour la religion et pour la société de sarréter devant un tel considérant? En outre, nos Frères, formés à une vie de règle et de principes, éprouvés par les exercices de deux ans de noviciat, constamment surveillés dans les fonctions quils exercent dans les communes par les autorités civiles et ecclésiastiques, environnés de notre sollicitude qui ne les perd pas un instant de vue et entretient avec eux des rapports continuels, me paraissent offrir une garantie bien satisfaisante.

Enfin la dernière raison que jai cru devoir exposer à Mr. le Ministre, est lautorisation légale accordée à plusieurs institutions qui forment des établissements de deux, et même de un, notament les écoles normales dont les sujets, une fois sortis des maisons mères, sont jettés isolément dans les communes, deviennent maîtres deux mêmes et ne montrent que trop souvent quils sont loin doffrir au gouvernement la même garantie que nos frères.

Voilà, Monseigneur, les raisons que jai cru devoir faire valoir auprès de Mr. le Ministre et que je suis heureux de pouvoir soumettre à votre sagesse. Mon intention est dattendre sur les lieux le résultat ultime. Vous nous obligeriez infiniment de prier Mr. le Ministre daccélérer cette affaire, dautant plus que nous avons plusieurs frères de la conscription.

Daignez agréer le profond respect avec le quel jai lhonneur dêtre, Monseigneur, de votre Grandeur le très humble et tout dévoué disciple.

CHAMPAGNAT.

Je prie Monseigneur de vouloir bien agréer lexpression de mon respectueux hommage, CHANUT.

Édition: Lettres de Marcellin J. B. Champagnat (1789-1840) Fondateur de l?Institut des Frères Maristes, présentés par Frère Paul Sester. Rome, Casa Generalizia dei Fratelli Maristi, 1985.

fonte: Daprès lexpédition A.A.L., dossier Frères Maristes 1818

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