19/Oct/2007 ESPAGNE

En essayant de comprendre lhistoire

Feliciano Montero Garc√≠a est professeur dHistoire Contemporaine de lUniversit√© de Alcala de Henares et conna√ģt bien, par cons√©quent, le contexte social et historique dans lequel on a assassin√© nos fr√®res. Il a publi√©, entre autres livres : Le mouvement catholique en Espagne ; Franquisme et m√©moire populaire ; lAction Catholique espagnole et le franquisme : essor et crise de lAction Catholique Sp√©cialis√©e pendant les ann√©es soixante et a collabor√© √† dimportants livres collectifs √† propos de lHistoire de lEspagne. Il conna√ģt en plus lInstitut mariste puisquil a √©t√© √©l√®ve du Coll√®ge mariste de Salamanque depuis le Primaire jusquau Pr√©-universitaire et son fr√®re Agust√≠n est fr√®re mariste de la province Compostela. Gentiment il nous re√ßoit dans les locaux que la Conf√©rence mariste a √† Madrid o√Ļ il nous explique le contexte historique dans lequel sest produit le d√©c√®s des martyrs maristes pendant l√©t√© 1936.

AMEsta√ļn. On a d√©cid√© la c√©l√©bration eccl√©siale de la b√©atification dun groupe de fr√®res maristes assassin√©s au d√©but de la Guerre civile espagnole de 1936 – 1939. Quel est l√©tat de lopinion publique en ce moment en Espagne ?
Feliciano Montero.
Il y a eu un temps, √† la fin du R√©gime de Francisco Franco (dirigeant de lEspagne entre avril 1939 et novembre 1975, suite au coup d√Čtat contre le gouvernement de la Seconde R√©publique du 18 juillet 1936 et la Guerre Civile qui a suivi entre les ann√©es 1936 et 1939), o√Ļ la revendication des martyrs et de la guerre civile comme crois√©s paraissait √™tre pass√©e dans lhistoire au nom dune compr√©hension et dune consid√©ration de la guerre civile espagnole comme une erreur monstrueuse dans laquelle tous les protagonistes, de lun et de lautre bord, avaient eu une certaine responsabilit√©.
Après cette reconnaissance universelle des fautes et des responsabilités propres, cétait un compromis de réconciliation et une tentative de dépassement des règlements de comptes.
Dans ce contexte les multiples processus de b√©atification des martyrs de la guerre ont √©t√© paralys√©s au service de cet objectif de r√©conciliation comme voie principale pour un processus pacifique de transition √† la d√©mocratie dans lequel l√Čglise jouerait un r√īle essentiel. De leur c√īt√© les h√©ritiers des vaincus renonceraient √† revendiquer les leurs.
Pass√© ce temps, la transition consolid√©e, l√Čglise, vers le milieu des ann√©es 80, co√Įncidant avec le 50e anniversaire de la guerre civile, a recommenc√© ou a relanc√© les processus de b√©atification des martyrs, en m√™me temps que des secteurs non catholiques critiquaient ouvertement l√Čglise pour son implication et sa collaboration dans les r√©pressions du franquisme, et par cons√©quent, on exigeait delle quelle demande pardon, dans lesprit du jubil√©e de 2000.
Plus récemment la recherche des historiens et de quelques initiatives citoyennes, comme lAssociation pour la récupération de la mémoire historique revendiquent avec force les autres victimes, martyrs dautres causes, anonymes, disparus, enterrés dans des tombes communes, victimes de la répression des vainqueurs pendant la guerre et pendant les premières années de laprès-guerre.

En définitive il semble sêtre retourné, dans toute sa virulence, dans lopinion publique espagnole un climat de confrontation venue des violences commises par les uns et les autres pendant la guerre civile, comme sil sagissait dun nouveau règlement de comptes. En évitant le risque que cette confrontation médiatique puisse signifier pour la consolidation de la coexistence des citoyens, elle peut être aussi loccasion de laver définitivement, avec une distance suffisante, les blessures latentes, rendues silencieuses peut-être par peur de reproduire le conflit.

En tout cas, dans ce climat de confrontation, avec le risque dun règlement de comptes, ou dexplication de la vérité complète sur tout ce qui est arrivé, cest dans lui que nous devons situer la mémoire et lhommage à nos martyrs maristes. Comment faire sans contribuer à exacerber la confrontation politique?
S√Ľrement en faisant un exercice de compr√©hension historique, compl√©mentaire de la lecture chr√©tienne, des √©v√©nements. En remettant dans le contexte ce qui sest produit selon les objectifs politiques, sociaux et mentaux de ce temps. En essayant de r√©pondre aux questions sur la nature et les raisons dune violence anticl√©ricale et antireligieuse, qui venait s√Ľrement de loin, elle avait lentement couv√©, et qui sest manifest√©e encore aujourdhui de mani√®re surprenante et d√©sorganis√©e, inexplicable et irrationnelle, incompr√©hensible pour les historiens et pour les h√©ritiers id√©ologiques ou politiques de ces violences. Ce qui est surprenant, comme la signal√© lanthropologue Manuel Delgado, cest lincapacit√© des historiens et des politiciens pour comprendre et assumer cette violence anticl√©ricale et antireligieuse qui a provoqu√© les martyrs de l√©t√© 1936.

Comment sest forgé en Espagne le courant de pensée de lanticléricalisme ?
√Čvidemment lanticl√©ricalisme en Espagne venait de loin, il s√©tait cycliquement montr√© dans les massacres des moines en 1835, mais s√©tait sp√©cialement nourri depuis les d√©buts du XXe si√®cle, en suivant lexemple dautres pays, sp√©cialement de la France de la IIIe R√©publique.
Lanticléricalisme dans ses multiples manifestations et expressions, avant la 2de République espagnole, était déjà lexpression dune lutte défensive et offensive contre son antagoniste le cléricalisme, cest-à-dire, selon la perception des anticléricaux, contre le poids social, politique et surtout idéologique, du clergé séculier et régulier, dans les institutions sociales et spécialement dans léducation ; une influence qui était considérée pernicieuse, un obstacle pour la modernisation et le progrès.
Ce que les anticl√©ricaux revendiquent comme s√©cularisation l√©gitime dun √Čtat autonome, les cl√©ricaux le d√©noncent comme un dangereux processus de d√©christianisation, qui √©tait √† la fois compris comme une perte fondamentale de lidentit√© nationale et de la coexistence sociale harmonieuse.
Dans lEspagne de la Restauration canoviste (système politique promu par Cánovas del Castillo pendant la période 1876-1923) le cadre légal, la Constitution et le Concordat avec le Saint Siège, protégeaient un régime de confession et dunité catholique, en laissant peu de marge à la libre expression et à la propagande des libéraux et des agnostiques.
Peu à peu toutefois ses initiatives culturelles et pédagogiques ont gagné du terrain et de linfluence réelle, encore sans parvenir à modifier à peine le cadre légal de tolérance minimale pour les non catholiques.
Parallèlement le catholicisme consolidait son hégémonie et son influence sociale et idéologique par limplantation croissante de nouvelles congrégations religieuses, beaucoup comme les Maristes venues de France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Congrégations masculines et féminines consacrées principalement à lenseignement et à lassistance sociale. Elles ont précisément été la cible principale de la dénonciation des anticléricaux dès le début du XXe siècle.

Une campagne syst√©matique, parall√®le √† des projets de r√®glement des Congr√©gations, a essay√© de discr√©diter leur t√Ęche et de les rendre responsable de tous les maux de la nation. La r√©g√©n√©ration de lEspagne, sa modernisation d√©pendait de la r√©duction de sa pr√©sence dans l√©ducation.

L√©ducation est un sujet de discussion et de confrontation entre les Espagnols cl√©ricaux et anticl√©ricaux. R√©ellement la r√©g√©n√©ration de lEspagne d√©pendait-elle de la r√©duction de la pr√©sence de l√Čglise dans le domaine √©ducatif ?
Cette th√®se de la rh√©torique anticl√©ricale, r√©it√©r√©e et assum√©e sp√©cialement au temps de la 2de R√©publique, ne correspondait pas avec la r√©alit√© sociale. Plut√īt, selon des √©tudes r√©centes (Maitane Ostolaza), si les coll√®ges des Congr√©gations s√©taient d√©velopp√©s tant dans les premi√®res d√©cennies du XXe si√®cle, ce n√©tait pas seulement par la protection l√©gale (politique) mais parce quils r√©pondaient efficacement √† la demande sociale. Son offre √©ducative √©tait mieux adapt√©e dautre part que la rare et faible √©cole publique aux nouvelles demandes sociales.
Mais ce qui est certain cest que la contribution de l√©cole catholique √† la modernisation √©conomique et sociale dun pays dans des voies dindustrialisation nemp√™chait pas que ses contenus doctrinaux, (le lib√©ralisme est un p√©ch√©), √©taient consid√©r√©s pernicieux par les lib√©raux, les hommes de lInstitution Libre dEnseignement, les francs-ma√ßons et les libres penseurs, les r√©publicains, les socialistes et les anarchistes. Cest-√†-dire que dans les deux premi√®res d√©cennies du XXe si√®cle, na pas cess√© de cro√ģtre la confrontation et la disqualification r√©ciproque entre cl√©ricaux et anticl√©ricaux. Il nimporte pas tant que ses arguments √©taient r√©els ou mythiques ; ce qui est certain cest quils √©taient efficaces dans la configuration des deux blocs, de deux cultures antagonistes et identit√©s collectives, appels √† sexclure et √† s√©liminer r√©ciproquement.

Au milieu dune ébullition sociale et politique intense, un processus de mesures de sécularisation de léducation culmine en Espagne à cette époque. Comment les lois éducatives promulguées pendant cette période ont-elles frappé les maristes ?
La loi des Congrégations de 1933, aboutissement dune série de mesures de sécularisation, en accord avec les articles de la Constitution, affectait directement la vie et lactivité enseignante des Congrégations comme les Maristes. Elle les obligeait à séculariser leurs collèges en les plaçant entre les mains dassociations civiles sils voulaient continuer à exercer leur activité. Mais à peine approuvée la dite loi, le changement politique qui a marqué le triomphe électoral de la droite, a allégé la situation. Les lois anticléricales nont pas été abolies, parce que pour cela il fallait réviser préalablement les articles correspondants de la Constitution, mais son application a été arrêtée ou a été atténuée.
En effet, pendant lexercice biennal 1933-35, une coalition de républicains radicaux (modérés malgré le nom) et Catholiques de la CEDA (Confédération espagnole de Droites Autonomes). a gouverné de manière instable.
La CEDA était le parti majoritaire de la coalition mais navait pas la majorité suffisante pour gouverner seule, et en plus sa sincérité républicaine était suspectée par les républicains de gauche et les socialistes.
Cest pourquoi devant larriv√©e de plusieurs ministres de la CEDA au Gouvernement, la gauche ouvri√®re a organis√© une gr√®ve g√©n√©rale r√©volutionnaire (octobre 1934), qui, bien quelle ait √©chou√© sauf en Asturies, a provoqu√© des manifestations de violence anticl√©ricale. Le d√©c√®s du Fr√®re Bernardo √† Barruelo a √©t√© une expression de cette violence qui anticipait celles qui allaient se produire en juillet- ao√Ľt 1936.

Y a-t-il donc un passage de lagressivité légale, de lanticléricalisme légal à la violence anticléricale ?
Pendant la 2de R√©publique il y a d√©j√† eu quelques √©pisodes violents, sp√©cialement lincendie de couvents le 11 mai 1931, √† moins dun mois de la proclamation de la R√©publique, et pendant la r√©volution doctobre 1934. Mais la violence anticl√©ricale, la pers√©cution religieuse proprement dite, le massacre syst√©matique et indistinct des pr√™tres, religieux et la√Įcs militants dorganisations catholiques, incendie et profanation des lieux de culte, violation et raillerie des sacrements, rites et c√©r√©monies, ne sest pas produite avant l√©t√© 1936. Sous forme dinitiatives populaires, comit√©s r√©volutionnaires et milices locales, parmi leurs objectifs r√©volutionnaires, ils avaient comme priorit√© l√©limination physique de l√Čglise et de leurs ministres, en les consid√©rant comme obstacle principal √† la modification sociale.
Les multiples t√©moignages rassembl√©s par les historiens, et tr√®s sp√©cialement dans l?uvre classique qui est encore fondamentale dAntonio Montero, confirment la nature radicale et indistincte de cette violence, qui ne fait pas de diff√©rence entre le pr√™tre bon ou social et le moins vertueux ; entre le plus religieux et le plus impliqu√© politiquement…
Il y a certainement tant de variantes comme des situations locales et sociales. Il y a eu des républicains qui ont essayé de négocier et déviter avec plus ou moins de succès les exécutions, des personnes quils ont cachées et leur ont donné une protection.
Tous les historiens de lun et de lautre bord reconnaissent lampleur de la violence anticléricale (on a accepté comme bons les chiffres quà son tour a offert le livre dAntonio Montero : 13 évêques, 4.184 prêtres séculiers, 2.365 religieux et 283 religieuses, un total de 6.832 victimes) ; ainsi que les raisons fondamentalement religieuses plus que politiques de cette persécution. Bien que pas tous soient daccord sur cette distinction. La vérité est quil était très difficile à ce moment-là de séparer la raison religieuse de la raison politique.

Ceci veut-il dire que la guerre civile et la manifestation conséquente de la violence anticléricale était inévitable ?
Pas nécessairement. La violence dans la rue était très importante, mais ce fut le coup détat militaire manqué qui a libérer la résistance populaire, et la violence révolutionnaire sous forme dun grand règlement de comptes.
La violence anticl√©ricale sest prolong√©e pendant toute la guerre, mais a √©t√© sp√©cialement intense dans les mois de juillet √† septembre 1936, l√©t√© sanglant, le temps o√Ļ les pouvoirs locaux et les comit√©s r√©volutionnaires ont directement contr√īl√© la situation, par dessus et en marge des institutions r√©publicaines.
Cest ce quon a retenu pour enlever ou réduire la responsabilité des autorités républicaines dans la violence anticléricale des premiers mois ; en soulignant au contraire les tentatives de médiation et de couverture exercées par les autorités face aux comités révolutionnaires. De fait cest ce qui est arrivé avec le groupe de Frères Maristes de Barcelone sauvés in extremis par autorité de la Generalitat (gouvernement de Catalogne), le jour suivant du massacre du premier groupe.

Quelles ont pu être les raisons de la violence et de lanticléricalisme populaire en Espagne pendant cette période turbulente ?
Comme je lai d√©j√† dit au d√©but, on ne comprend pas encore aujourdhui bien les raisons de cette violence anticl√©ricale, antireligieuse et cette phobie du sacr√© des premiers mois de la guerre civile. Les autorit√©s r√©publicaines ont essay√© vite de la contenir et de se d√©marquer de ces actions, en se lavant de leur responsabilit√© et en les attribuant √† des agents incontr√īl√©s. Toutefois on ne peut pas nier un certain degr√© de complicit√© avec ces initiatives. Et surtout la question est dexpliquer la connexion possible, y compris non voulu, entre la violence verbale et la propagande accumul√©e depuis le d√©but du si√®cle et sp√©cialement durant les ann√©es 30, et la violence populaire.
Quelques auteurs, dans une perspective anthropologique, sugg√®rent des raisons tr√®s profondes et anciennes quil faut voir avec labsence de la r√©forme protestante. Dautres depuis l√©tude des cultures et des identit√©s politiques cherchent des racines plus prochaines li√©es aux luttes pour la s√©cularisation de l√Čtat et de la soci√©t√© qui ont √©t√© donn√©es dans tous les pays catholiques latins (France, Italie, Portugal). En tout cas il para√ģt clair que dans la violence de l√©t√© 36 se sont conjugu√©s divers √©l√©ments ou facteurs dorigine et de nature diverse, de vieux pr√©jug√©s ou dimages sur les vices du clerg√© et les r√®glements de comptes les plus r√©cents en rapport avec le contr√īle de l√©ducation populaire et des luttes syndicales.

Peut-on attribuer la violence populaire anticl√©ricale √† une raison de d√©fense face √† lalignement de l√Čglise, √† sa collaboration avec le coup d√©tat militaire, et m√™me dans quelques cas √† la participation mat√©rielle dans la lutte, en stockant des armes ou en utilisant les b√Ętiments religieux comme forteresses ?
Les dénonciations de ce type nont pas pu être démontrées ; et dautre part la manifestation de la violence et la persécution anticléricale a été antérieure ou simultanée aux premiers événements de la guerre, quand encore à peine on pouvait savoir avec certitude ce qui arrivait. Cela ne veut pas dire que le massacre decclésiastiques fut préalablement prévu mais que cétait un objectif révolutionnaire prioritaire, condition prévue pour la réalisation dautres objectifs. Cétait une conviction longuement nourrie par la réflexion et par la propagande de la presse et des ouvriers athées.

Quelle a √©t√© la perspective de l√Čglise Catholique espagnole par rapport √† la confrontation pour l√©cole et pour l√©ducation populaire ?
Une des expressions les plus claires de la confrontation cl√©ricalisme-anticl√©ricalisme, ou catholicisme-la√Įcisme, est la lutte pour l√©cole, cest-√†-dire pour le contr√īle des contenus √©ducatifs et de lensemble du syst√®me √©ducatif.
Dans la perspective catholique, au nom de la libert√© de lenseignement on pose d√©j√† dans les Congr√®s Catholiques nationaux du d√©but du XXe si√®cle (Burgos 1899 et Santiago 1902) la possibilit√© de cr√©ation de centres enseignants face √† ce quils appellent le monopole de l√Čtat enseignant, et avec cela, la d√©fense des Congr√©gations religieuses face aux projets de r√®glement et le contr√īle de ses activit√©s (en 1910 le Gouvernement pr√©sid√© par Canalejas a approuv√© la loi appel√©e loi du cadenas, qui emp√™chait l√©tablissement en Espagne de nouveaux ordres religieux sans lautorisation expresse du Conseil des Ministres).
La pression anticl√©ricale para√ģt c√©der entre 1912 et 1931, et dans le climat protecteur de la dictature de Primo de Rivera, l√©cole catholique dans ses diverses expressions ne cesse pas de cro√ģtre. Un tableau de l√©volution les √©coles, des Communaut√©s et des vocations maristes dans la province de lEspagne, entre 1919 et 1931, montre bien cette croissance. Le nombre de coll√®ges et d√©coles est pass√© de 60 √† 69, celui des fr√®res de 587 √† 813, et celui d√©l√®ves de 13.023 √† 20.246.
Or la bonne sant√© de l√©cole catholique ne manquait pas de susciter la pr√©occupation de ses antagonistes. Dans celle-ci comme dans dautres mati√®res en suspens de s√©cularisation, la proclamation de la 2de R√©publique √©tait loccasion pour mener √† bien de mani√®re radicale les objectifs de s√©cularisation. Cela est ainsi refl√©t√© dans larticle 26 de la Constitution de 1931, et de mani√®re plus enti√®re dans la Loi des Congr√©gations religieuses de juin 1933. Selon larticle 30 de la Loi des Congr√©gations, les ordres et les congr√©gations religieuses ne pourront pas se consacrer √† lexercice de lenseignement (…) lInspection de l√Čtat veillera √† ce que les ordres et les congr√©gations religieuse ne puissent pas cr√©er ou soutenir des coll√®ges denseignement priv√©, ni directement ni en se servant de personnes civiles interpos√©es. Et larticle 31 imposait un d√©lai concret imm√©diat pour lexercice de ces enseignements.

Quelle a été la réaction des frères maristes face aux lois de sécularisation qui empêchaient dexercer lenseignement, de créer des écoles ou de soutenir des collèges denseignement privé ?
Les Congrégations ont pris bonne note de la nouvelle situation, et ont essayé de sadapter et de se défendre en prenant les mesures opportunes. La plupart dentre elles en sécularisant leur présence publique (habit civil au lieu de la soutane, obtention de titres denseignants officiels) ; surtout en transformant le titulariat juridique et nominal des collèges dans des étudiants mutuels, et en transformant juridiquement les propriétés dans de nouvelles sociétés avec mise du capital à létranger. Le livre du frère Teodoro Barriuso sur le frère Laurentino explique très bien cette transformation nécessaire.
Les vicissitudes de la République ont marqué les craintes et les espoirs de survie. Le panorama hostile perçu dès le début (lincendie de couvents du 11 mai et du 31 a affecté quelques collèges), sest maintenu et a grandi jusquen juin 1933 (lapplication de la loi des Congrégations rendait difficilement soutenables les collèges et les Communautés même sous leur aspect sécularisé). Mais le triomphe du parti catholique, la CEDA, lors des élections de novembre 33 a réveillé les espoirs dune modification ; et bien que la modification de la légalité ne se soit pas produite le nouveau climat gouvernemental a permis la survivance des collèges catholiques. Lespoir a changé radicalement de nouveau avec le triomphe électoral du Front Populaire en février 1936. Les gouvernements du Front Populaire reprenaient les objectifs et les programmes réformistes sur tous les terrains, aussi sur celui la sécularisation et de lécole.
Mais en plus limpulsion des bases révolutionnaires débordait la légalité elle-même (comme exemple linitiative municipale de confisquer le collège mariste dOrihuela).
Il y avait un choc entre la position du Gouvernement, défendant la légalité, lapplication de la Constitution et de la loi des Congrégations, et la pression révolutionnaire populaire, qui en rappelant ce qui sétait produit en octobre 34, pouvait exploser avec toute sa virulence, comme il sest ainsi produit.
À partir de la manifestation de la guerre nentraient déjà pas des négociations ni des adaptations, on imposait lélimination physique des personnes, les centres et les moyens ; les éditions Edelvives furent un des premiers objectifs à détruire.

Finalement, de votre point de vue comme historien et comme croyant, y a-t-il quelques le√ßons que l√Čglise, et plus concr√®tement les Fr√®res Maristes √† apprendre de ce qui sest produit dans cet √©t√© 1936 ?
Comme historien et comme croyant, dans la ligne de la pens√©e du Concile Vatican II, et dans la ligne de lesprit qui pr√©sida la proposition qua faite le Pape Jean Paul II, √† loccasion de la conclusion du Mill√©naire, dinviter l√Čglise, dinviter les chr√©tiens et les Catholiques √† une r√©vision autocritique de sa propre histoire, jinviterais les fr√®res maristes √† faire leffort de voir le pass√© dune mani√®re compr√©hensive mais en m√™me temps dune mani√®re autocritique.
Bien que paraissent actuellement se reproduire des conflits entre les partisans qui ont combattu dans lun ou lautre camp, toutefois, heureusement je pense que le contexte social r√©el espagnol de ce moment na rien √† voir avec le contexte des ann√©es trente. En ce sens il ne faut pas avoir des craintes. Mais en tout cas, il faut essayer d√©viter de nourrir les racines qui amen√®rent ce conflit et insister plut√īt sur louverture au dialogue avec les autres du point de vue id√©ologique et social et de transformer des plates-formes, qui peuvent potentiellement √™tre en conflit, en plates-formes de compr√©hension et de dialogue.

BR√ąVE CHRONOLOGIE DE LHISTOIRE DE LESPAGNE (1868-1939)

1868 РRévolution contre Isabelle II [exilée en France le 30 septembre]
1870 – √Člection dAmadeo I de Saboya comme roi
1872 РTroisième Guerre Carlista (1872-1876)
1873 РRésignation dAmadeo II
1873 РProclamation de la Première République
1874 – Restauration de la Monarchie bourbonienne avec Alfonso XII [fils dIsabelle II]
1876 – Nouvelle Constitution et Loi Municipale
1885 РRégence de María Cristina
1893 РTentatives anarchistes (Bombe de lOpéra (Barcelone) de Barcelone)
1897 – Meurtre de C√°novas (premier ministre) par les anarchistes
1898 – Guerre avec les √Čtats-Unis
1898 РPerte des dernières colonies impérialistes. Traité de Paris
1902 ? Majorit√© d√Ęge dAlfonso XIII
1909 РDébut de la Guerre du Maroc
1909 ? Grève générale à Barcelone [la SEMAINE TRAGIQUE]
1911 ? Grèves générales protestant contre la guerre au Maroc
1912 – Meurtre de Canalejas (premier ministre)
1917 РGrève générale révolutionnaire en Espagne
1921 РLes troupes espagnoles combattant au Maroc subissent le désastre dAnual
1923 РCoup détat de Miguel Primo de Rivera
1927 – Pacification au Maroc
1931 Р12 avril on déclare la Seconde République
1931 РIncendie de couvents à Madrid
1932 РCoup militaire manqué du général Sanjurjo
1932 – Autonomie de la Catalogne
1932 – Agitation anarchiste en Catalogne
1932 ? On dissout la Compagnie de Jésus
1934 РLa CEDA (Confédération espagnole de Droites Autonomes) forme le gouvernement
1934 РMouvements révolutionnaires en Catalogne et en Asturies
1936 ? Le Front Populaire gagne les élections
1936 РSoulèvement du général Francisco Franco le 18 juillet : commencement de la GUERRE CIVILE
1939 – Fin de la Guerre Civile le 1 avril
1939 РGouvernement du Général Franco (1939-1975)

RETOUR

Nouvelle fraternité du MChFM...

SUIVANT

Martyr est celui qui ne sauve pas sa vie à t...